Finance

Le début des banques commerciales

Publié le 08/06/2022 Par Paul-Antoine Champy

Savez-vous à quand remontent les premières « banques » ? Dans le 2e article de notre série consacrée aux banques, Paul-Antoine Champy vous fait voyager depuis les premières banques commerciales dans l’antiquité jusqu’à la disparition des Templiers au XIIIe siècle.
Bon voyage !

Dans l‘article précédent, nous avons pu voir comment était apparue la monnaie avant de devenir telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cet article met en avant l’apparition des premières activités bancaires et leurs rôles. Il sera bien entendu question de l’Europe mais également d’autres régions du monde qui ont vu leurs économies grandir et prospérer au début du XIIe siècle comme en Chine ou au sein de l’Empire du Mali.

Chaque région possédant sa propre monnaie, certains métiers ont alors vu le jour pour se spécialiser dans le change et permettre ainsi d’établir une correspondance entre chaque monnaie.

L’essor de l’activité bancaire

Les premières activités bancaires sont nées il y a plusieurs siècles, avec l’évolution de la monnaie et l’essor du commerce. La première trace d’une activité bancaire remonte en Grèce au IVe siècle avant JC. Les trapézites étaient quasiment les équivalents des banquiers d’aujourd’hui. Ils pouvaient ainsi effectuer des dépôts, des crédits… Mais leurs principales fonctions étaient de convertir une monnaie en une autre avec un taux de change particulier.

Les trapézistes faisaient alors leurs comptes sur de petites tables (trapeza) d’où ils tirèrent leurs noms. Chaque cité grecque pouvant avoir sa propre monnaie, ils facilitèrent ainsi les échanges commerciaux. Pouvant prêter à des États comme à des particuliers, avec des taux d’intérêt pouvant parfois aller jusqu’à 20 % ou plus, ils participèrent à fluidifier le commerce entre les différents États-Cités et, de cette manière, à accroître la domination de la culture grecque sur le vieux continent.

De la Grèce antique à Rome

Leurs pendants romains étaient les argentarii qui pratiquaient plus particulièrement l’usure. Ils s’occupaient de recevoir des dépôts et de prêter avec intérêt l’argent de ces dépôts. Ils pouvaient également s’occuper des paiements de leurs clients et de leur rendre d’autres services financiers. Les Romains pouvaient avoir un compte civil mais aussi un compte commercial. Aujourd’hui, ces argentarii pourraient donc être considérés comme des banquiers privés. Résultat, ils ont fini par prendre une place importante dans les rouages de l’économie romaine, bien que la plupart de ceux qui exerçaient cette activité étaient des affranchis.

Il est intéressant de noter qu’un banquier romain qui faisait faillite à cette époque était déshonoré ainsi que sa famille, ce qui témoigne de l’importance des banques dès cette époque. Des « banques » qui, de plus, étaient sévèrement contrôlées par l’État romain.

D’autres professions étaient également liées comme les nummulaires qui pouvaient recevoir et prêter les fonds reçus. Mais certaines opérations financières étaient réservées aux argentarii et ne pouvaient être effectuées par personne d’autre. Les activités bancaires des argentaires restaient donc plus variées.

Pour toutes ces raisons, les argentarri romains ou les trapézistes grecques peuvent être considérés comme les ancêtres des banquiers modernes. Même si leur importance était bien moindre à cette époque.

Le déclin

Les banques cessèrent de se développer après la chute de l’empire Romain. Leur activité et leur rôle stagnèrent lors de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire : les invasions barbares qui ralentirent fortement les progrès technologiques et le commerce. L’activité ne reprit que vers le XIe avec la fin des invasions barbares, qu’elles soient d’origine nordique ou en provenance d’Extrême Orient. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que le commerce international put reprendre avec la fameuse route de la soie et l’échange de produits exotiques.

 La renaissance des banques

L’Italie du Nord, avec les deux grandes puissances que vont devenir Gênes et Venise, se trouve au cœur de ce trafic et plus précisément de celui des produits provenant du monde Arabe. Cette période était donc propice au commerce international et de nombreux réseaux d’échanges se sont créés.

C’est notamment grâce à ces nouveaux réseaux que les Lombards rencontrèrent les Flamands lors des foires du textile et commencèrent ainsi une collaboration fructueuse pour les deux parties. Différentes coalitions ont durant cette époque vu le jour en Europe comme la Ligue hanséatique en Mer du Nord ou la ligue Lombarde en Italie.

Une activité réservée à quelques-uns

Les opérations financières ne pouvant alors être réalisées par n’importe qui, seuls les Juifs, les Templiers et les Lombards pouvaient les pratiquer. Les prêts étaient en effet interdits ou tout du moins très mal perçus par l’Église sous l’égide de « Tu prêteras sans rien attendre en retour ». Les Juifs pouvaient alors exercer le métier de prêteur, notamment auprès des monarques.

Si jusqu’au XIIe siècle, les Templiers étaient essentiellement les banquiers des pèlerins des croisades, ils sont devenus au fur et à mesure également ceux des monarques en difficulté. Ils ont ainsi aidé Louis VII à financer sa croisade ou Louis IX à payer sa rançon. Ils pouvaient exercer ce rôle implicite de banquier en ne percevant pas d’intérêt. Mais ils contournèrent cependant cette règle en se servant sur le spread lié au taux de change.

Malheureusement pour eux, leur puissance et leur indépendance financières en ont fait des cibles privilégiées pour le roi Phillipe Le Bel. En effet, il leur attenta un procès en falsifiant de faux témoignages pour non seulement s’approprier leur or, mais aussi, en parallèle, ne plus avoir à leur rembourser sa dette. Et le roi n’en était pas à son coup d’essai : il avait en effet quelque temps auparavant employé une « méthode » similaire face aux Juifs qui étaient parmi les seuls à pouvoir lui prêter de l’argent. Dès lors, d’autres banquiers ont pu voir le jour et « remplacer » les Templiers disparus au début du XIIIe siècle.

Conclusion

Le sujet est si vaste qu’un livre entier ne suffirait pas à le traiter. Mais on peut considérer que la première ressemblance avec des banques modernes est directement corrélée à la création et à l’acceptation des monnaies par les différentes civilisations. Les premiers semblants de banques ont donc vu le jour via l’intermédiaire de quelques agents de change et cette activité n’a ensuite cessé d’évoluer pour se structurer étape par étape. Dans le prochain article de cette série, nous aborderons l’apparition des premières banques telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Sources

origines monnaie

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Auteur

Paul-Antoine Champy

Diplomé d'une école d'ingénieur ICAM et d'un Master d'Audencia, Paul Antoine intervient en finance de marché en tant que Business Analyst/Chef de Projet pour concevoir des outils servant aussi bien pour les Traders que pour les Analystes/Gérants.