Finance

Impact des cours boursiers sur les opérations de fusion-acquisition

Publié le 22/03/2022 Par Christophe El Harake

La valeur globale des fusions et acquisitions s’est élevée à 5 800 milliards de dollars en 2021, soit une hausse de 64 % par rapport à 2020. Mais connaissez-vous vraiment tous les tenants et aboutissants d’une telle opération ?

Différents types de fusions-acquisitions, avantages et inconvénients de chaque modèle, impacts sur les cours boursiers pour la société acquéreuse et l’entreprise cible…

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Mondialisation croissante des économies, développement rapide des technologies, changements de l’environnement économique et financier provoqués par la saturation de nombreux marchés… Dans ce contexte, la plupart des dirigeants d’entreprises estiment nécessaire de déterminer un processus innovant sur lequel s’appuyer. Objectifs : surmonter les difficultés, faire face à des marchés en fort développement, et identifier les domaines à forte valeur ajoutée permettant de lutter contre la concurrence.

Ainsi, une fusion-acquisition peut devenir l’option la plus rapide, rentable et efficace pour capter des parts de marché rapidement, augmenter sa visibilité auprès de nouveaux clients, s’ouvrir à de nouveaux marchés ou encore accéder à de nouveaux produits et services.

Cette fusion-acquisition d’entreprise vise à créer une nouvelle entreprise plus performante que les deux entreprises initiales. Il serait donc intéressant de voir quel est l’impact de ces opérations sur les cours boursiers.

Les opérations de fusions-acquisitions

Économiquement, l’opération de fusion-acquisition ou M&A (acronyme pour mergers and acquisitions) se définit comme étant un regroupement d’entreprises. Dans cette optique, les entreprises réunissent leurs activités et leurs moyens de production au sein d’une seule et unique entreprise.

Cette opération permettra à l’entreprise issue de la fusion d’accroître sa taille et sa puissance sur le marché. À titre d’exemple, en février 2000, au top de la bulle internet, a eu lieu la plus importante acquisition d’entreprise. En effet, Vodafone AirTouch s’est emparée du conglomérat allemand Mannesmann AG, qui avait développé une activité de télécommunication florissante dans les années 90, pour un montant de 202,8 milliards de dollars.

Juridiquement, cette opération consiste à transférer le patrimoine d’une entreprise à une autre entreprise. Ainsi, l’actif et le passif de l’entreprise absorbée sont transmis à l’entreprise absorbante. Ce transfert se fait via une dissolution et un échange de droits sociaux.

Fusion ou acquisition, quelle est la différence ?

Dans le cas d’une fusion, la prise de contrôle est totale. En effet, deux sociétés sont réunies pour ne former plus qu’une seule et même entité juridique. On parle alors de fusion-absorption.

Dans le cas d’une acquisition, contrairement à la fusion, l’objectif est moins d’absorber la société cible que d’en prendre le contrôle opérationnel. La structure juridique ne change pas. Cependant, des modifications restent possibles.

Les différents types de fusions-acquisitions

Comme illustré précédemment, une opération de fusion-acquisition implique forcément le transfert du patrimoine de la société cible au bénéfice de la société absorbante, en l’échange de droits sociaux.

Il existe, cependant, trois types de fusions-acquisitions :

  1. La fusion horizontale

L’objectif de l’entreprise est de créer de la valeur. Une fusion réussie crée de la valeur si et seulement si la réunion des entreprises initiales vaut plus que si chaque entreprise était détenue de manière indépendante.

Dans une fusion horizontale, l’addition des deux sociétés (1 + 1 : sociétés initiales) doit être supérieur à 2 (la société fusionnée).

Ci-après les raisons qui poussent une entreprise à effectuer une fusion horizontale :

  • Augmenter la part de marché et réduire la concurrence dans l’industrie ;
  • Réaliser des économies d’échelle en misant sur des complémentarités avec la cible, réduisant ainsi les coûts ;
  • Se diversifier ;
  • Réaliser des économies de gamme provenant des productions jointes, ce qui permet alors de réduire le coût total de production ;
  • Partager des compétences et des ressources complémentaires.

Cependant, même si la fusion horizontale permet de créer de la valeur, elle peut être un frein à la croissance de l’entreprise nouvellement fusionnée, et ce pour deux raisons principales :

  • Bien que la fusion horizontale peut créer de la valeur, elle peut être en frein à son développement : la fusion de deux cultures d’entreprise différentes peut s’avérer difficile.
  • Les deux entreprises initiales sont dans l’incapacité de réaliser les synergies attendues.
  • La fusion verticale

L’objectif d’une fusion verticale est d’améliorer les fonctions de la chaîne d’approvisionnement en prenant le contrôle d’une partie d’une filière économique. Cette fusion permet donc aux entreprises un meilleur contrôle des premiers stades de leur chaîne d’approvisionnement, comme un fournisseur qui vend des matières premières à un fabricant.

Les fusions verticales permettent ainsi de réduire la concurrence et donc d’accroître sa part de marché. Comme pour la fusion horizontale, une fusion verticale est réussie si et seulement si l’entité combinée a plus de valeur que chaque entreprise séparément.

Les avantages d’une fusion verticale sont nombreux. Elle permet entre autres :

  • D’optimiser l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement ;
  • D’améliorer la stratégie d’entreprise ;
  • De capter des parts de marchés ;
  • D’accroître les recettes tout en réduisant les coûts de production.

Les inconvénients, quant à eux, sont similaires à ceux de la fusion horizontale.

  • La fusion conglomérale

Ce type d’opérations permet à l’entreprise initiale de diversifier ses activités et de les ouvrir à d’autres secteurs grâce à l’achat des leaders. Ainsi, une société spécialisée dans la distribution d’énergie peut par exemple acquérir un groupe de télécommunications afin de prendre pied dans un secteur d’avenir. Ce faisant, elle mutualise aussi son exposition aux risques économiques, les différents secteurs obéissant à des cycles différenciés.

Conséquence de l’opération sur le cours des actions de ces sociétés

Une opération d’une telle envergure aura forcément un impact majeur sur le cours des actions des deux sociétés. Cependant, les tendances de ces actions peuvent être inversées.

Baisse du cours de la société acquéreuse

Il est important de connaître les conséquences d’une opération de fusion-acquisition sur le cours des actions des deux sociétés. Dès l’annonce de l’opération, la société acquéreuse voit son cours de bourse chuter. Cela s’explique par le fait que les investisseurs et les actionnaires anticipent l’impact de la restructuration de capital. Une autre raison est que les données financières seront forcément modifiées comme par exemple la fiscalité, l’endettement, les ressources humaines, la résistance au changement, etc.

A contrario, le cours des actions de l’entreprise cible a tendance à prendre de la valeur En effet, si elle fait l’objet de l’intérêt d’une autre entreprise, c’est qu’elle a des atouts et surtout qu’elle va bénéficier de la reprise par une entreprise plus solide.

Le bénéfice par action, qui traduit l’enrichissement théorique d’un actionnaire détenant une action, de la société acquéreuse sera nécessairement affecté par une telle opération qui modifie le capital. Or toute variation du bénéfice par action, à PER[1] constant, conduit à une variation du cours de la bourse.

Une fois la rumeur lancée, le marché intègre immédiatement cette information et le cours de boursier évolue dès l’annonce de l’opération. Par conséquence, l’annonce d’une fusion-acquisition se traduit automatiquement par une baisse du cours de la société acquéreuse.

Cependant, cette tendance à la baisse reste toutefois temporaire et le cours des actions de la société acquéreuse est censé se redresser une fois l’opération achevée. Néanmoins, six opérations de fusion-acquisition sur dix ont été suivies d’une dégradation de la profitabilité de la nouvelle entité. De ce fait, la remontée du cours reste hypothétique. Il s’agit d’étudier l’impact positif de l’opération pour la société acquéreuse : capacité à capter plus de parts de marché, accélérer sa croissance, réaliser les synergies attendues afin de réduire les coûtd et donc augmenter les recettes, etc.

Montée des cours de la société cible

Une fois l’annonce lancée, le cours boursier de la société cible a fortement augmenté. Il peut cependant chuter une fois celle-ci achevée, pour les mêmes raisons que celles qui s’appliquent au cours de l’action de la société acquéreuse, dans la mesure où les deux entités ne font désormais plus qu’une.

Les conséquences d’une fusion-acquisition pour l’actionnaire

La situation de l’actionnaire, pour la société acquéreuse comme pour l’entité cible, varie entre la période avant l’annonce de l’opération et la période post-opération. Pour la société acquéreuse, les objectifs de pénétrer un nouveau marché sont multiples : capter un maximum de clients, affirmer sa position, réaliser des synergies et donc augmenter ses recettes. Il en est de même pour la société cible. En effet, celle-ci est censée bénéficier de la position de la société acquéreuse.

Mais qu’en est-il du sort réservé aux actionnaires ? La fusion est-elle bénéfique pour ces derniers ? Cela dépend du prix qui sera attribué aux différentes actions mais aussi de la parité entre les actions de l’une et de l’autre société. En effet, si le but de la société cible est de faire grimper son prix d’achat coûte que coûte, ses actionnaires peuvent se trouver déçus par le prix final qui leur sera versé en fonction du nombre d’actions détenues.

Conclusion

Une opération de fusion-acquisition a pour objectifs de capter des parts de marché rapidement et donc d’augmenter sa visibilité auprès de nouveaux clients, de s’ouvrir à de nouveaux marchés ou encore d’accéder à de nouveaux produits et services.

Cependant, cette opération a un double impact : une dépréciation des cours boursiers de l’entreprise acquéreuse et une appréciation de ces mêmes cours boursiers pour l’entreprise cible.

[1] PER : Price Earning Ratio, correspond au ratio de valorisation des entreprises le plus répandu.

Sources 


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Auteur

Christophe El Harake

Titulaire d'un Master 2 en Finance de marché à l'Université Paris Dauphine, Christophe est passionné par les marchés financiers. Son objectif ? Rendre la finance accessible à tous ceux qui s’y intéressent, qu’ils disposent ou non de connaissances préalables, et favoriser l’éducation financière des individus.