Publié le 26/06/2024 Par Paul-Antoine Champy

À la suite de la crise de 2009, de nombreux clients particuliers ne font plus confiance à leurs banques. En parallèle, la rentabilité des comptes bancaires est devenue faible : les taux approchant les 0 % n’aident pas à laisser son argent sur un compte bancaire. En conséquence, les clients souhaitent donc investir dans un placement rentable à faible risque et qui semble transparent. C’est ici qu’intervient BlackRock.

Les clients ne faisant plus alors confiance aux banques, il se tournèrent pour certains d’entre eux vers d’autres placements ayant démontré leur résilience et leurs performances.

Le rôle des ETF

C’est une des raisons pour lesquelles les ETF, qui appartiennent à la gestion passive, ont collecté des fonds en masse durant ces dix dernières années. En témoigne le graphe ci-dessous :

croissance mondiale des actifs des etf/etp et des hedge funds, fin juin 2019

➡ Pour en savoir plus, consultez notre article sur les « Hedge Funds et les ETF« 

Jusqu’alors, l’argent était collecté par les Hedge Funds en majorité. Mais les ETF ou Exchange-Traded Funds ont rattrapé les Hedge Funds en termes d’encours.

C’est quoi les ETF ?

Les ETF sont des instruments financiers permettant de répliquer à la hausse ou à la baisse les performances d’un indice. Le premier fonds indiciel a ainsi été autorisé par la SEC en 1992 et la gestion passive permet de diversifier efficacement son portefeuille en ne prenant qu’une seule position.

BlackRock est aussi connue pour ses produits ETF qui offrent des moyens abordables et diversifiés pour investir dans un large éventail de marchés et d’industries. BlackRock a donc décidé de vendre ses ETF à ses clients sous la marque iShares en se rémunérant en facturant la gestion des fonds. Ce qui leur a permis de collecter en masse lors de ses dernières années.

Les investissements de BlackRock

BlackRock fait partie des grands gagnants de ce changement de paradigme post-crise de 2009 et devient ainsi le plus gros investisseur au monde avec ses 10 000 milliards de dollars sous gestion. Reste à voir si l’euphorie autour des ETF continuera dans les prochaines années car les banques centrales augmentent les taux pour combattre l’inflation, permettant à leurs clients d’avoir des placements plus rentables qu’auparavant. De même, les ETF n’ont pas encore connu de crises majeures sur du long terme.

BlackRock est maintenant investie dans plus de 17 000 grandes entreprises mondiales et est aussi un des principales actionnaires du CAC 40 (comme le montre l’image ci-dessous de 2017). Le fait d’être actionnaire dans ces différentes entreprises leur permet de détenir de nombreux droits de vote pour influencer les décisions des actionnaires.

Le graphe ci-dessous nous montre le pourcentage de détention d’actions de BlackRock dans les entreprises du CAC40. BlackRock est aussi une puissante machine d’investissement qui n’hésite pas à user de son influence si nécessaire.

BlackRock Aladdin

BlackRock a créé quasiment dès le départ un outil pour gérer leurs investissements : Aladdin, pour Asset Liability, Debt and Derivatives Investment Network. L’outil étant plutôt robuste, Aladdin a commencé à être commercialisé dans les années 90. BlackRock a donc créé une autre entité différente de son cœur de métier de départ en voulant vendre par exemple son logiciel à d’autres gestionnaires d’actifs.

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Qu’est-ce que le logiciel Aladdin ?

Aladdin permet aux entreprises de gérer leur portefeuille d’investissements. La plateforme de gestion des données va ainsi aider les entreprises à centraliser, organiser et analyser leurs données pour mieux les exploiter. Aladdin intègre donc un ensemble d’outils et de services pour intégrer et gérer les données, et pour effectuer des analyses prédictives. Conçu comme un logiciel STP (Straight Through Processing), les informations / opérations financières sont traitées au fil de l’eau, ce qui équivaut à un traitement continu.

Le PMS (Portfolio Management System) permettrait donc aux entreprises qui y ont souscrit d’accroître leur productivité et leur gestion de portefeuille. Ces outils comprennent des modèles de machine learning, des algorithmes statistiques et des analyses avancées des données.

Les entreprises peuvent également utiliser Aladdin pour développer des applications personnalisées et créer leurs propres modèles d’analyse prédictive.

La puissance de BlackRock Aladdin

Aladdin arrive aujourd’hui à effectuer plus de 200 millions de calculs chaque semaine pour conseiller ou déconseiller certains investissements. Aladdin utilise des données comme les mouvements boursiers ou la popularité des actions sur les réseaux sociaux pour réaliser des transactions avec des coûts faibles.

Au total, plus de 15 000 milliards de dollars seraient brassés par Aladdin, ce qui représenterait entre 5 et 10 % des actifs financiers mondiaux.

Le schéma ci-dessous vous montre les différents outils, répartis par corps de métier, mis à disposition des clients :

Les avantages d’Aladdin

L’outil Aladdin grâce à ses modules et notamment celui des risques permet aussi d’analyser des risques. BlackRock va ainsi modéliser différents scénarios et ainsi évaluer les risques potentiels. Par exemple, Aladdin peut simuler l’impact de l’évolution des conditions de marché ou des tendances économiques sur les portefeuilles de BlackRock, aidant l’entreprise à anticiper et à gérer les risques de manière plus efficace.

Aladdin joue alors un rôle essentiel dans la stratégie de gestion des risques de BlackRock, en permettant d’identifier, de surveiller et d’atténuer les risques.

Bien sûr, Aladdin n’est pas le seul logiciel disponible et d’autres concurrents se sont installés sur le marché. On pourrait par exemple citer l’outil créé par le plus gros gestionnaire d’actifs français Amundi : ALTO* (Amundi Leading Technology and Operations) qui poursuit sa croissance sur le marché international.

Conclusion

BlackRock est donc un géant de la finance doublée d’une entreprise très controversée. Principale raison : le fort lobbying qu’elle peut exercer sur les gouvernements, les entreprises, etc. Mais elle n’est pas la seule entreprise à pratiquer du lobbying pour pousser ses idées.

Le deuxième reproche est dû au fait que BlackRock investit dans de multiples secteurs critiqués comme le domaine énergétique (pétrole, charbon…). Pour répondre à ses critiques, BlackRock a décidé d’inclure l’ESG (environnemental, sociétal, gouvernemental) dans ses investissements. La partie ESG rentre alors en compte dans certains d’entre eux mais il manque encore de la transparence, voire une vraie motivation. BlackRock semble en effet à la traîne. En comparaison de certains concurrents européens, BlackRock doit montrer qu’elle n’est pas juste une championne du greenwashing.

Sources

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Auteur

Paul-Antoine Champy

Diplomé d'une école d'ingénieur ICAM et d'un Master d'Audencia, Paul Antoine intervient en finance de marché en tant que Business Analyst/Chef de Projet pour concevoir des outils servant aussi bien pour les Traders que pour les Analystes/Gérants.