La blockchain, révolution ou épiphénomène ?

Plusieurs études affirment que la blockchain pourrait être partout d’ici à 2020 et que son impact sur la société pourrait être aussi fort qu’a été celui d’Internet. Pourtant cette technologie a encore du mal à percer, notamment en raison de limitations techniques mais aussi culturelles, organisationnelles, juridiques, etc. Alors, comment appréhender ce phénomène, ses impacts et ses limites ?

Les néophytes connaissent la blockchain à travers le fameux Bitcoin, cette monnaie virtuelle et un brin sulfureuse qui est à l’origine de cette technologie. Cette devise a ceci de singulier qu’elle n’est contrôlée par aucune banque centrale et que personne ne peut savoir combien de Bitcoins un individu possède dans son portefeuille. C’est le propre de la blockchain : pas d’organisme central de contrôle des données, une grande sécurité des informations et pourtant une grande transparence également car toutes les transactions sont enregistrées dans une base publique et indélébile.

Si vous aussi, vous êtes décidé à acheter des Bitcoins, je vous invite à lire l’article de David Burie :
Comment obtenir ou générer des crypto-monnaies ?

La blockchain, plus grande révolution depuis Internet ?

Tout comme Internet a été le premier réseau non contrôlé par une entité en particulier, la blockchain est la première technologie d’infrastructure de données totalement ouverte et non contrôlée par une seule entité. Son impact pourrait donc être de même ampleur que celui d’Internet pour l’économie, en faisant tomber pour de nombreux agents économiques les barrières à l’entrée de plusieurs secteurs d’activité.

Jugez plutôt. Avant 2000, il était inenvisageable de rendre accessible à plusieurs milliards d’humains une même information de façon instantanée. En 2010 il suffisait d’un clic sur Facebook pour que cela soit possible.

De la même façon, s’il est aujourd’hui inenvisageable d’échanger en ligne de l’argent, des informations ou des services sans passer un organisme centralisé, des experts nous prédisent qu’en 2020, il suffira d’un clic sur des applications blockchain pour s’en passer. Imaginez alors la déflagration économique pour les organismes centralisés qui ne brillent ni par leur transparence, ni par leur capacité à échanger des informations entre eux. Depuis toujours, ils ont coutume de prendre des commissions, de ralentir les initiatives, de censurer des acteurs à l’occasion. Ils seraient vite dépassés !

S’il est aujourd’hui inenvisageable d’échanger en ligne de l’argent, des informations ou des services sans passer un organisme centralisé, des experts nous prédisent qu’en 2020, il suffira d’un clic sur des applications blockchain pour s’en passer

Une infrastructure ultra-ouverte et pourtant ultra-sécurisée

En plus d’être ultra-ouverte, la blockchain est ultra sécurisée par nature. Le système de cryptographie asymétrique (clés publique/privée) combiné avec la logique de blocs qui contiennent des transactions -mais jamais la totalité des informations liées à une personne physique ou morale- permet à la fois la transparence et la sécurité.

Les principes d’un réseau et d’une base de données Blockchain
Source : MERITIS

Pour simplifier le principe de cryptage asymétrique, on peut faire une analogie avec les numéros de téléphones qui sont des clés publiques, et les codes PIN des puces qui sont des clés privées. Tout le monde peut vous joindre, mais il faut les deux pour pouvoir établir une communication. La sécurisation du système repose également en grande partie sur la “proof of work”, un temps de calcul minimal nécessaire pour valider une transaction, ainsi que la récompense en crypto monnaie associée à cette preuve de travail, qui incite les acteurs du système à respecter les règles.

Des défis majeurs restent à relever

Pour s’imposer, la blockchain devra relever trois défis majeurs selon moi.

Deux défis techniques, la scalabilité et les temps de latence d’une part, l’interopérabilité et sa capacité à faire émerger des standards d’autre part. Enfin, son émergence est aussi conditionnée à la résolution de problématiques juridiques et écologiques.

Scalabilité et temps de latence

Dans les secteurs nécessitant des gros volumes de transactions à haute fréquence comme la finance, la technologie blockchain doit encore progresser sur la scalabilité et les temps de latence. En effet, un principe de la blockchain est qu’elle est stockée sur chacun des “nœuds” de son réseau : les ordinateurs qui font tourner le système. Aujourd’hui, la blockchain Bitcoin fait environ 120 giga octets, et si ce chiffre devait augmenter significativement, cela poserait un problème de ressources en stockage et en temps de latence.

D’autre part la limite actuelle est de sept transactions par seconde, alors que par exemple, le réseau Visa gère 2 000 transactions par seconde. De plus il faut parfois plusieurs minutes pour valider une transaction, ce qui pose cette fois-ci des contraintes fonctionnelles qui peuvent être très vite limitantes.

Par ailleurs, la gestion de l’identité numérique est un sujet technique complexe sur lequel la technologie n’a pas encore fait ses preuves. La communauté blockchain travaille actuellement sur ces limites techniques, notamment en réfléchissant à augmenter la taille des blocs, mais son mode d’organisation très “horizontal” n’est pas encore suffisamment efficace pour prendre des décisions rapidement. Comme pour l’open source, c’est aussi l’efficacité des communautés blockchain qui va faire le succès ou non de la technologie.

Interopérabilité et standards

L’émergence de standards sera aussi déterminante car pour l’instant, de nombreuses technos coexistent et ne sont pas interopérables. Bitcoin a été la première blockchain créée, avec une vocation purement monétaire. Ethereum a ensuite été construite pour élargir le spectre fonctionnel de la blockchain. Elle a été conçue comme un “super-ordinateur”, et non pas seulement comme une infrastructure dédiée à la gestion de transactions monétaires.

IBM a aussi créé Hyperledger avec Cisco, Accenture et d’autres partenaires importants, également en souhaitant élargir le spectre fonctionnel mais aussi en pensant aux acteurs qui veulent mettre en place des blockchains privées ou de consortiums. Et il existe bien d’autres systèmes blockchain qui ne sont pas compatibles entre eux. Il se joue donc une guerre des standards qui devra voir un ou deux acteurs se démarquer clairement pour que la révolution se fasse vraiment. Il n’y aurait pas eu de révolution digitale avec dix réseaux Internet non interopérables…

Il se joue donc une guerre des standards qui devra voir un ou deux acteurs se démarquer clairement pour que la révolution se fasse vraiment

Limites juridiques et écologiques

Au delà des limites techniques, des problèmes juridiques et écologiques sont également à adresser pour que la blockchain puisse se développer pleinement. La quantité d’électricité consommée pour permettre au système de fonctionner est colossale, et des questions de responsabilité, qui devient difficile à identifier dans certains contextes, doivent encore être levés.

Bon tempo et pragmatisme des entreprises

Les prévisions actuelles tablent sur une adoption commerciale massive de la blockchain aux alentours de 2020 (voir infographie MERITIS “Les investissements des banques dans la Blockchain”). D’ici là, les entreprises doivent mener études et expérimentations leur permettant d’une part de monter en compétence sur le sujet, et d’autre part d’anticiper la manière dont cette technologie pourrait optimiser voire disrupter leur marché.

Aujourd’hui les pionniers, principalement des banques et des assurances, se positionnent principalement au sein de consortiums d’études, dont le plus connu est l’Américain R3, et en France le “Labchain” piloté par la Caisse des dépôts et consignations.

Pour le reste, beaucoup d’entreprises s’intéressent au sujet mais ne savent toujours pas quel est le potentiel de cette technologie pour leur business, ni quelles sont les limites techniques à lever pour qu’il se révèle pleinement dans les années à venir.

D’autre part, toutes les sociétés offrant un service d’intermédiation peuvent y voir une réelle menace. En effet, avec la blockchain, le changement principal est celui de l’architecture des échanges. Il n’y plus besoin de passer par un intermédiaire pour échanger des biens ou des services. La tendance de désintermédiation de la transformation numérique de l’économie pourrait donc être encore largement amplifiée

Un changement massif d’organisation et de culture

Comme pour beaucoup d’autres technologies qui ont formé la révolution numérique, la blockchain va imposer des changements d’organisation et de culture très importants. Les entreprises auront peur de perdre le contrôle de leurs données et vont remettre en cause l’efficacité liée à la verticalité de leurs organisations. On a vu par exemple le même effet pour la migration d’infrastructure dans le “cloud”, ce nuage inquiétant…

On constate l’émergence de nombreuses blockchains privées, qui violent le principe fondateur de la technologie : ne pas permettre à un seul acteur de contrôler l’ensemble des données d’une base

Répartition des Blockchain privées/publiques/hybrides dans les banques selon une étude Edgeverve/Infosys 2017

Répartition des Blockchain privées/publiques/hybrides dans les banques
Source : Banks Accelerate Blockchain Investment Reveals Infosys Finacle and LTP study

Une conséquence de cette peur est l’émergence de blockchains privées, qui violent donc le principe fondateur de la technologie : ne pas permettre à un seul acteur de contrôler l’ensemble des données d’une base. Une étude Infosys / LTP a révélé cette année que 80% des projets blockchain actuels se font sur des blockchains privées. Ainsi les entreprises vont devoir apprendre encore une fois à lâcher prise, à sortir des logiques de “control-command” pour pouvoir libérer tout leur potentiel grâce à la blockchain.

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